030307

Simple

Il n’aurait jamais imaginé qu’elle s’assiérait là, en face de lui. Elle avait les yeux bleus, magnifiquement mis en valeur par un maquillage noir léger. « La Théorie des Sentiments Moraux », c’était le livre qu’elle lisait. Tout en annotant soigneusement sur son bloc-note ce qui devait sûrement être important pour elle, elle tenait un stylo rouge. Quand son téléphone sonna, il put enfin entendre sa voix. Magnifique !!! Que dire de plus ? Tous les mots qui sortaient de sa bouche semblaient être une prophétie. En l’admirant à travers la fenêtre, il pensa qu’elle avait toutes les réponses aux questions qu’il se posait. Elle descendit à Châtelet – Les Halles, lui aussi. Mais elle prit un chemin différent du sien, sans même un regard, et pour lui ce fut une évidence : ses questions resteraient sans réponse. Il lui faudrait trouver une autre source de réponses.

Le seul réel souvenir qu’il en garde de cette rencontre fut le moment où il croisa son regard. Quoi de plus beau que d’être submergé par un regard aussi profond ? En une seconde, il vécut le désir, l’amour, la passion, la dépression, la haine, la rage, la pitié, la peur.
Le désir d’être avec elle, de la prendre dans ses bras et lui dire tout l’amour qu’il ressentait pour elle, et la passion qui le transcendait en la contemplant.
La dépression lorsqu’il reprit ses esprits et se rendit compte qu’un mec aussi pitoyable que lui n’aurait jamais la chance d’avoir une fille comme elle.
La pitié qu’il éprouvait pour Vincent Humbert, car effectivement, il lisait un livre sur cette tragédie : « Vincent Humbert, le débat sur le droit de mourir ».
La peur qu’un jour il soit dans la même situation que Vincent. Si cela lui arrivait, lui aussi voudrait mourir, pensait-il.
La rage, la haine de Vincent qu’il ressentait par empathie.
C’est égoïste de sa part d’écrire un livre qui nous fasse ressentir sa douleur à ce point. Après tout, c’est sa douleur. Qu’il la garde !!! Pourquoi devrions-nous souffrir aussi ? Parce que c’est sûrement le seul moyen d’ouvrir les yeux des gens, de leur faire comprendre à quel point certaines choses sont ignobles ici-bas et qu’on devrait réagir au plus vite.
En y repensant à son histoire, il y a quelque chose de bizarre !!! Il fit un constat. Une voiture, c’est : quatre roues, une carrosserie sous laquelle se dissimule un moteur, et un volant. C’est simple. Alors qu’un humain, c’est tellement complexe qu’on ne peut le réduire à de simples pièces détachées. Pour créer une voiture, ça prend quelques heures, alors qu’un humain, beaucoup plus de temps. Et lorsque ces deux derniers se rencontrent, toute cette complexité, toute cette intelligence, est réduite à néant par une chose aussi simple et non pensante.
Quelle conclusion en tirer ?
Avant, les premières formes de vie étaient unicellulaires, simples et immortelles. Elles se répliquaient identiquement à l’infini. Puis, elles ont eu cette idée — mauvaise idée — de s’assembler, de se spécifier pour former un être complexe. Quelle stupide erreur !!! La spécialisation les a rendues faibles et vulnérables. Et dès lors, elles ont perdu leur immortalité, inventant ainsi la mort. Aujourd’hui, ces formes de vie continuent d’exister depuis leur apparition sur Terre il y a des millions, voire des milliards d’années. Nous, humains, créatures complexes, existons depuis à peine des milliers d’années, et déjà, nous courons à notre perte, emportant toute la planète avec nous.
Maintenant, la conclusion est simple :
Rien ne vaut la simplicité. La complexité est trop complexe pour survivre face à la simplicité.

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