Jasi

Chas, assis dans sa loge, une cigarette à la main gauche et une carte de visite dans l’autre, fixe son regard sur la carte. Il la contemple avec nostalgie. Son regard reste longtemps posé dessus, tandis que la fumée de la cigarette s’étend lentement dans l’obscurité de la pièce. Il lève sa main droite jusqu’à sa bouche, laissant apparaître sa chemise blanche sous sa veste sombre. Il tire lentement sur sa cigarette puis redresse la tête. Son visage, jusqu’à présent dissimulé sous son chapeau, affiche un léger sourire. Il regarde fixement son saxophone posé sur le buffet en face de lui, puis relâche lentement la fumée qui s’échappe doucement dans les profondeurs de la pièce en ondulant.


Chas, debout au coin d’une rue, joue du saxophone. Il joue avec passion, mais personne ne semble l’écouter. Devant ses pieds, l’étui de son saxophone est ouvert, contenant seulement deux ou trois pièces. Durant de longues minutes, il joue comme si c’était la dernière fois. Il ne fait qu’un avec son instrument. Les notes jazzy s’envolent lentement dans les airs, décrivant une mélodie triste et mélancolique.
Il s’assoit par terre sur des morceaux de carton. Adossé contre le mur d’un bâtiment, il grelotte. Son vieux t-shirt n’est pas assez épais pour le protéger du froid. Il pose son instrument dans son étui et allume une cigarette. Les mains sur les genoux, il fixe le sol. Dans sa main gauche, la cigarette se consume lentement. Il s’apprête à tirer dessus lorsqu’une main, accompagnée d’une carte de visite, vient troubler sa vision. Il ne réagit pas immédiatement. Lentement, il lève la tête, le regard abattu, suivant des yeux la main jusqu’au visage qui l’accompagne. Il voit un homme blanc, élégamment vêtu, lui sourire. Chas le regarde dans les yeux, puis prend la carte.


Toujours assis dans sa loge, Chas pose la carte sur le buffet, écrase son mégot dans le cendrier, puis saisit son saxophone avec un grand sourire d’excitation et se lève. Il referme la porte derrière lui.
Sous une lumière éblouissante, Chas fait son entrée sur scène. Le projecteur est braqué sur lui. Les autres membres du groupe, légèrement dissimulés dans l’obscurité, attendent qu’il lance la première note. Le silence est total. Il porte son instrument à hauteur de sa bouche, ferme les yeux, inspire profondément et laisse échapper sa plus belle note. La scène s’éclaire progressivement, au fur et à mesure que les instruments s’élèvent à leur tour, accompagnant Chas dans une mélodie pleine de gaieté.
Bientôt, des cris de joie retentissent dans la salle, acclamant ce groupe de jazz qui défie les conventions de l’époque : des hommes blancs et un homme noir jouant ensemble, à l’unisson, sur la même scène.

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